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MES FRÉQUENTATIONS

Depuis deux semaines, je suis redevenu complet, c’est-à-dire antinomique. Je passe la moitié de mon temps dans la réalité et l’autre moitié dans mon imaginaire. Je poursuis, en compagnie de mes personnages, cette longue route sinueuse vers le dénouement de mon polar en chantier.

Comme je l’ai déjà expliqué dans un article précédent, je suis un fanatique du plan. Avant d’attaquer, rédactionnellement parlant, le premier chapitre d’un roman, j’ai préalablement, parfois des années durant, échafaudé une structure très précise et élaboré des fiches (un peu comme Zola le faisait pour ses livres naturalistes) sur chacun de mes personnages. Néanmoins – et cela fait partie du plaisir d’écriture -, ces personnages, en dépit du chemin que je leur avais tracé, se donnent des libertés, comme on dit. J’appelle ce phénomène «la perte de contrôle» ou «le dérapage».

En fait, il s’agit d’un processus fascinant, quasi schizoïde, qui fait en sorte qu’au fil de l’intrigue les personnages acquièrent une autonomie telle, qu’ils décident de s’affranchir du joug du créateur et d’aller là où leur nature intrinsèque les attire. Quand j’ai écrit LA BALADE DES TORDUS, j’ai dû gérer 10% ou 15% (pour vous donner un ordre de grandeur) de perte de contrôle par rapport au plan initial. Je parle de plan initial parce que, bien sûr, quand le phénomène d’affranchissement se produit, il faut (au nom de cette nouvelle logique narrative qui s’impose au créateur) accepter de jouer le jeu des personnages.

Du moins, dans une certaine mesure. Laisser aller, oui, mais sans mettre en péril le programme narratif qui permet de se rendre au point B. Autrement dit, tu laisses aller tes personnages tout en faisant en sorte, en modifiant ton plan, que tes délinquants reviennent tôt ou tard sur la voie pavée.

Pour ce qui est de mon roman en chantier, LA SOCIÉTÉ DES PÈRES MEURTRIERS, je dirais que le pourcentage de dérapage est d’environ 35%. Vraiment, mes personnages ne sont pas du tout reposants ! J’ai l’impression d’être dans les souliers du directeur d’un asile psychiatrique où les aliénés ne songeraient qu’à s’évader. Ou dans la peau du Docteur Frankenstein… L’une ou l’autre des analogies est appropriée puisque, encore une fois, tous mes personnages souffrent (jouissent, devrais-je dire) de psychoses ou de névroses. Il s’agit de monstres sur le point d’exploser. Même mon narrateur (à ne pas confondre avec l’auteur, s.v.p., merci!), qui est un être – omniscient, certes – à part entière, me procure des sensations fortes. J’ai créé, non pas un narrateur-Dieu, mais bien un narrateur-Diable, lequel se délecte de la perversion de mes personnages ; il semble les encourager dans leurs turpitudes…

Dans mon monde imaginaire, j’ai des fréquentations inquiétantes que je me dois de suivre comme un pisteur, afin de les ramener dans le droit chemin. Quand j’ouvre mon portable, je me dis toujours : «Bon, eh bien, quels mauvais coups m’ont-ils préparés ce matin?»

Michel

Les chroniques atmosphériques des 3 - Chronique 12


EXPIATION

J’ai passé la dernière semaine à mon chalet de Sainte-Geneviève. C’est à une vingtaine de minutes de route de Trois-Rivières (en outrepassant un tantinet les limites de vitesse!), si bien que je ne suis pas obligé de m’exiler là-bas quand je m’embarque dans de gros travaux de construction. Cette semaine, par exemple, même si j’ai passé le plus clair de mon temps à cet endroit, je n’y ai dormi que la nuit dernière.

Hier, en début de journée, j’ai eu la visite de Pierre, qui a pratiqué sa guitare pendant que je dallais l’allée menant à mon tout nouveau palier surplombant la rivière Batiscan. En fin d’après-midi, nous avons apprécié le point de vue offert par mon «grand œuvre» en buvant une bouteille de vin de dépanneur que nous sommes allés quérir au village (un soi-disant vin australien tellement sucré qu’il aurait pu être utilisé comme sirop de table). Et c’est ainsi que nous avons baptisé le nouvel attrait de mon vaste aménagement, à observer l’onde du cours d’eau, à épier les oiseaux, et –moins bucolique- à parler des femmes. En soirée, gros repas de viande (au village, le boucher vend encore du steak de mammouth) sur le B.B.Q. Puis digestion devant le feu de mon foyer extérieur sous un ciel criblé d’étoiles.

Ça replace les fluides de s’affranchir un peu du tumulte de la ville. Et, en plus, j’ai la satisfaction du devoir accompli. Comme je l’ai déjà dit, les matériaux que je m’étais fait livrer pour la réalisation de mon palier dormaient depuis un an sur mon terrain d’en haut. Ce qu’il faut savoir pour comprendre l’envergure du projet, c’est que mon terrain comporte deux niveaux : le premier, sur le bord de la route municipale, où est assis le chalet; et le second, une vingtaine de mètres plus bas, où j’aménage depuis six ans le terrain avec l’ambition d’en faire un véritable jardin botanique. Comme le seul accès carrossable vers ce niveau est un long escalier d’une quarantaine de marches, l’unique façon d’acheminer les matériaux jusqu’en bas est de les descendre «à bras», un à un, gros et petits (dalles, blocs, pierres, poutres, bandes de ciment, sacs de poussière de pierre, etc), tel un bagnard volontaire. De cette manière, j’ai descendu au fil de mes étés des dizaines de tonnes de matériaux. Très bon pour le cardio! J’ai déjà l’impression d’avoir évacué toutes les mauvaises toxines accumulées dans mon organisme pendant le long hiver.

Pierre, en me voyant charger sur mon épaule une bande de ciment de quarante kilos :
- Ouais. T’as une belle façon de fêter la Saint-Jean Baptiste!
- Si on était à Pâques, je m’autoflagellerais en plus! de lui répondre.

Michel

Les chroniques atmosphériques des 3 - Chronique 9



LA VIGUEUR DU SALON 2008

Cette année, j’avais pas mal moins d’interviews ou de conférences que lors de l’édition 2007 du SLTR (Salon du livre de Trois-Rivières). Avec mes trois séances de signature (deux pour Pierre-Tisseyre et une autre pour Le Sabord avec mes acolytes Fred et Pierre), une table ronde, une «Paroles d’écrivain» (à l’occasion de laquelle j’ai présenté la genèse de Locoleitmotive) et une entrevue pour une radio régionale, je peux dire que j’ai pu vivre le salon de façon plus décontractée, qu’il m’a été permis d’en prendre le pouls, à titre de participant certes, mais également à titre de visiteur et d’observateur. Dommage que ma pneumonie et mon otite m’aient ralenti dans mon désir de tout embrasser (activités et gent féminine). D’ailleurs, ma vision d’ensemble a sûrement été brouillée sous l’effet des antibiotiques. Que je prends depuis une semaine.

Le SLTR est devenu un événement important dans mon calendrier existentiel. Année après année, c’est l’occasion de rencontrer mon lectorat et de connaître d’autres auteurs et éditeurs, autant de la région que de l’extérieur. Parmi ceux-ci, Benoît Bouthillette, auteur de La Trace de l’escargot, et Jennifer, éditrice à La Bagnole. Ce ne sont là que quelques exemples. Le SLTR est un salon aux dimensions humaines mais il n’en demeure pas moins qu’il accueille plus de 11 500 visiteurs et quelques centaines d’auteurs et d’artisans de l’industrie du livre (remarquez ici le bel oxymore que je viens de commettre involontairement!).

Bref, la liste des rencontres que j’ai faites pourrait prendre une page complète : fans, ami(e)s d’enfance et d’adolescence (que je n’avais pas revus, parfois, depuis l’école primaire : «Hey, Michel, tu me reconnais-tu?»), anciens professeurs, parents éloignés, anciennes blondes des décennies passées, collègues blogueurs ou lecteurs de notre blogue. Une jungle bigarrée foisonnante de souvenirs et de surprises, et qui permet, contacts aidant, d’ouvrir des perspectives.

Ma rencontre la plus incongrue, je l’ai faite samedi soir lors de la soirée des exposants qui se tenait à L'Hexagone, le bar du complexe Delta où avait lieu le salon. À un moment donné, je suis sorti de la salle pour aller fumer (oui, oui, je sais, pas brillant le gars atteint d’un pneumonie…) dehors. Un type à l’allure un peu rustaude mais à l’approche très conviviale grillait, seul, une cigarette sous l’abri des accros de la nicotine.

Au début, je pensais qu’il aurait pu s’agir d’un animateur de stand ésotérique (genre Urantia) ou d’un vendeur de babioles (comme on en retrouve toujours en marge des salons du livre : cartographes médiévaux, magiciens, mascottes, marchands de calembours, etc). Mais non, le gars parlait du chaud accueil de ses lecteurs. Il s’agissait bel et bien d’un auteur. D’un auteur de quoi? D’une théorie sur le bonheur? D’un livre sur la bière artisanale? D’une monographie à compte d’auteur? Monographie, non; mais autobiographie, oui, compris-je bientôt en écoutant les reproches que mon interlocuteur adressait aux journalistes des années ’80. J’étais en présence de Yve Lavigueur, auteur du livre sur les Lavigueur, ouvrage qui a inspiré la série télévisée sur les Lavigueur, cet exercice de réhabilitation de la désormais célèbre famille québécoise qui a eu le malheur de remporter le gros lot à la loterie nationale, en 1986, et qu’on a tournée au ridicule, méchamment, pendant des lustres. Son livre est, en quelque sorte, un «Antibougon», si je puis me permettre un autre référent télévisuel.

Quoi qu’il en soit, je lui ai demandé s’il avait d’autres projets, dans le domaine fictionnel par exemple, pour changer. En fait, je voulais lui donner l’occasion de sortir de son moule, enfin. Je me disais, oui, le type s’est adonné à une thérapie cathartique en écrivant son autobiographie, peut-être veut-il maintenant devenir autre chose que le produit de lui-même. Mais non, pas du tout! Yve Lavigueur veut traîner son propre personnage, encore et encore. Il m’a même confié qu’il voulait écrire une pièce de théâtre sur sa famille! Un «anti-Précieuses ridicules»? Il semblerait donc que l’homme ne se soit pas encore lassé de brasser les marécages de son adolescence humiliée. Se rendra-t-il à la prochaine étape? C’est-à-dire à celle des produits dérivés? Peut-être le reverra-t-on un beau jour en marge d’un autre salon du livre en train de vendre des figurines des membres de sa famille…

Michel

SE PLAINDRE POUR ÊTRE AIMÉ(E)

Dimanche soir dernier, comme des millions de téléspectateurs, j’ai écouté l’émission TOUT LE MONDE EN PARLE, version «made in Québec». Et ce n’est pas inscrit dans mes habitudes, non pas parce que je snobe ce type de show au large public mais bien parce que mes occupations font en sorte que le temps que je consacre à la télévision est très limité.

Dimanche, j’ai donc cédé à la tentation parce que je savais que l’écrivaine Marie-Sissi Labrèche faisait partie de la brochette d’invités à l’occasion de la sortie sur grand écran de l’adaptation cinématographique de son roman BORDERLINE. À titre de professeur de littérature au Collège Laflèche, j’avais déjà accueilli à deux reprises l’expansive demoiselle afin qu’elle vienne nous parler de son œuvre et de son processus créatif. Le personnage coloré (je parle de l’auteure !) avait remporté un vif succès chez nous et elle a su également capter l’attention à l’émission de Guy A. Lepage. Son impudeur y a été pour quelque chose. Souvent, dans ce genre de show, l’invité de marque est celui qui se prête au jeu de l’animal de foire.

Sur le même plateau, une autre écrivaine : Audrey Benoît. Tout de même, me suis-je dit, ce n’est pas à tous les jours qu’on s’intéresse à deux auteurs lors d’une seule émission de TOUT LE MONDE EN PARLE !

Le hic, c’est que bon nombre des invités profitent de leur passage pour se travestir en humaniste, ou en sociologue. Audrey Benoît n’a pas échappé au piège. Questionnée au sujet de l’inconscient collectif québécois, elle a déclaré –ô cliché!- que le Québec a un problème identitaire et que cela expliquerait son manque d’ouverture. Personnellement, je ne crois pas que nous ayons, à l’ère de la mondialisation, un problème identitaire plus aigu que celui des autres nations. Et je ne souscris certainement pas à la thèse selon laquelle nous serions xénophobes ou protectionnistes. Quand on considère le rayonnement du Québec, ne serait-ce que dans le domaine culturel, je trouve au contraire que notre petit peuple d’irréductibles tire très bien son épingle du jeu. Et son pluralisme n’est pas étranger à ce succès.

Audrey Benoît, ex-mannequin de calibre international, est devenue écrivaine. Elle a eu la chance en 2005 de participer à l’émission TOUT LE MONDE EN PARLE, version française de France, avec Ardisson. Ce qui lui a permis d’être remarquée, on s’en serait douté.

Dimanche, alors qu’elle nous exposait sa thèse sur l’identité québécoise, Audrey Benoît s’est, du même souffle, apitoyée sur son sort. Elle a prétendu qu’il est beaucoup plus difficile d’être pris au sérieux dans le paysage littéraire quand on est une femme : ô cliché ! Elle s’est plainte qu’à titre d’ex-mannequin on ne s’intéressait à elle que pour cet aspect de son cheminement. Ou encore qu’on ne lui accordait une aura que parce qu’elle avait fréquenté une star de la chanson. Je ne souscris pas à sa thèse misérabiliste, je l’ai dit plus haut, mais son attitude lors de l’émission, je dois l’avouer, constitue une belle illustration de cette thèse !

Après son intervention moralisatrice, je n’en savais pas plus sur ses livres. En aucun moment, elle n’a parlé de son œuvre ou de son processus créatif. Tout ce que je retiens de son passage, c’est qu’elle nous apparaît comme une pauvre petite ex-mannequin victime de sa grande beauté et à laquelle on n’accorde pas la crédibilité qui lui reviendrait. Victime, oui, parce qu’elle a bien voulu nous présenter cette image d’elle-même.


Michel

Les chroniques atmosphériques des 3 - Chronique 8


La peur de l’inconnue

J’avais déjà vécu une situation analogue. À la différence que, la première fois que cela m’était arrivé, je ne savais pas alors que je faisais l’objet d’une «blind date». Cette fois-ci, j’étais volontaire (cobaye volontaire, quoi!) et il ne s’agissait pas à proprement parler d’une «blind date» puisque j’avais déjà entraperçu la fille à son travail et que, de son côté, elle avait, à tout le moins, une petite idée de mon apparence grâce aux nombreuses photos de mon minois mises en ligne sur internet.

La fille en question était venue sur le sujet (notamment son incroyable célibat) durant la période des Fêtes, lors de deux rencontres distinctes chez des îlots d’amis (c’est comme ça que j’appelle mes différents cercles de connaissances) n’appartenant pas au même archipel. Je me suis dit d’abord que la Mauricie était un village et, ensuite, qu’il serait intéressant de rencontrer la villageoise si prisée.

Prisée, oui. Primo, il s’agit d’une professionnelle spécialisée (je ne dévoilerai pas sa profession afin de sauvegarder son anonymat) dont la réputation dans son milieu n’est plus à faire. Secundo, disons qu’elle est (et je ne suis pas du tout emphatique, croyez-moi) une reine de beauté. Plusieurs ont dit qu’elle aurait pu mener une carrière de mannequin de calibre international. Et après l’avoir revue (ou l’avoir vue pour la peine), je dois dire qu’à mon sens elle est beaucoup plus belle que Carla Bruni, pour vous donner un ordre de grandeur référentiel. Le hic, justement, c’est que je ne suis pas président de la République française. Pas même président d’un conseil d’administration. En fait, je n’ai jamais été président de quoi que ce soit. Pas même président de ma classe à l’école élémentaire…

Avec mon lyrisme, je crois que je viens de vendre la mèche avant d’avoir amorcé le récit de cette soirée incongrue. Eh bien, non (crachons tout de suite le morceau, alors), la soirée en question n’aura pas permis de lier des atomes crochus.

Mais revenons aux circonstances. C’est Fred –le coquin!- qui fut le maître d’œuvre de cette rencontre expérimentale puisqu’il connaît les deux partis, en l’occurrence la fille et moi-même. D’ailleurs, le souper de vendredi passé (faisant office d’occasion) devait initialement avoir lieu en territoire neutre, si l’on peut dire, c'est-à-dire chez lui. Toutefois, vers une heure, j’ai reçu un appel téléphonique de l’ami Fred : une panne d’électricité dans son secteur paralysait le territoire neutre! De sorte que j’ai décidé de me retourner sur un dix cents (mon aide ménagère est partie en Floride pour un mois, alors inutile de préciser que j’avais pas mal de déblayage à effectuer dans mon antre) et d’organiser, donc, le souper à mon appart de la rue des Ursulines. Déjà que j’étais assez énervé.

Mes expériences successives avec le public, à titre de coordonnateur de programmes d’immersion, à titre de journaliste, à titre de professeur et, plus récemment, à titre d’écrivain et de conférencier –mes expériences, dis-je, m’ont fait vivre le stress sous toutes ses formes. Je vous dirais que celui que j’ai vécu quelques heures avant la rencontre –et pendant la rencontre- était beaucoup plus intense que ce que j’ai eu à gérer précédemment. La peur de l’inconnu, sûrement. Ou plutôt de l’inconnue.

Tu veux faire une bonne première impression, bien entendu, tout en restant naturel, sans être trop naturel non plus! Vous voyez ce que je veux dire? Par moments, je me sentais comme le petit gars gêné qui veut inviter la plus belle fille du collège à son bal des finissants! Pas cool comme sensation.

Heureusement, la fille -c’était convenu- était accompagnée de son amie à elle (que Fred connaît très bien aussi et avec qui j’avais jasé lors du dernier lancement d’un livre de mon comparse), de telle manière que la réunion pouvait paraître moins « organisée ». Après le souper, le mari de l’accompagnatrice de la fille s’est joint au groupe et a permis de détendre l’atmosphère.

De mon côté, il y avait Fred qui, au bout de la table, ressemblait à un animateur. Il aiguillait souvent la conversation pour que je puisse raconter des anecdotes me concernant. Parfois, j’avais l’impression d’être au Salon du livre de Montréal, lors de la table ronde des auteurs de La veuve noire éditrice, laquelle avait été animée par Frédérick, justement. «Michel, raconte-nous donc la fois où…» Sacré Fred! Bon boulot, néanmoins.

Au fil de l’interview, mon animateur et moi avons bien arrosé nos brochettes de filet mignon. Plus que les autres convives, ça c’est certain, car les filles se sont limitées à une seule coupe.

D’ailleurs, suite au verdict de non-recevoir de la fille, je me suis demandé si ma levée du coude n’avait pas contribué à me faire perdre quelques points. De même que mon statut de fumeur (quel statut!) aurait aussi nui à mon image. Quoi qu’il en soit, il est clair que nos univers respectifs ne sont pas apparus compatibles. Peut-être vis-je trop dans l’imaginaire. Univers, imaginaire… À m’entendre dire ça, j’ai l’impression que je me cherche des abstractions explicatives pour ménager mon ego.

Parce que, dans mon for intérieur, je n’ai pas l’impression d’avoir été à la hauteur. D’avoir réussi, dans les circonstances (aussi fabriquées furent-elles), à m’élever au niveau de la belle. Tout cela est une question de perception. Au sortir d’une telle expérience, je demeure mon seul juge. Même si ce regard que je pose sur moi-même passe par le truchement de l’Autre. Tiens, tiens : l’appréciation de soi-même par le miroir de l’autre, cela me rappelle ma lecture de L’ÊTRE ET LE NÉANT de Sartre. J’aurai tout de même eu l’occasion d’expérimenter une de ses notions charnières… Même si je ne suis pas du tout convaincu de vouloir répéter l’exercice!

Ce midi, je suis allé dîner chez ma mère. Son regard porté sur moi a rechargé ma batterie.


Michel

La Gazette des 3 - Numéro 12


À lire ce week-end dans Le Nouvelliste, un article de Cindy Levesque:

Le projet fou des 3 écrivains



«Frédérick Durand, Michel Châteauneuf et Pierre Labrie ont lancé Locoleitmotive en décembre dernier. Le livre de poésie-polar fera toutefois son apparition sur les tablettes des libraires ce mercredi.»
Photo: Sylvain Mayer


Pour accéder à l'article du Nouvelliste, cliquez sur Loco.



Les 3

La Gazette des 3 - Numéro 10


À lire cette semaine dans Zone Campus, un article de Mélanie Leclerc:


Locoleitmotive,
une expérience poétique trash




Zone Campus, Vol. 3 No. 9, du 7 au 20 janvier 2008, p. 12.


Pour accéder à l'article de Zone Campus, cliquez sur Loco.



Les 3

La Gazette des 3 - Numéro 9


À lire cette semaine dans Voir Mauricie, un article de Karine Gélinas :

Voyage au bout de la nuit



Pour accéder à l'article de Voir Mauricie, cliquez sur Loco.



Les 3

Les chroniques atmosphériques des 3 - Chronique 6


Pèlerinage du jour de l'an dans deux lieux de culte

Ne vous méprenez pas avec le titre de cet article atmosphérique. Nous n'avons pas passé la nuit du jour de l'an à la cathédrale de Trois-Rivières ou au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. Et quand je dis "nous", il s'agit de Pierre et de moi, Michel. Le petit Frédo, pour sa part, a défoncé (selon mes sources) l'année 2008 chez lui avec son chat jaune et sa chatte, qui, elle, à ma connaissance, n'a pas de couleur officielle. Ce premier (bref, Frédo, qui n'est pas un chat) se remettait semble-t-il d'une virée de trois jours passée à Montréal.

Mais revenons à Trois-Rivières. Nous avions initialement prévu passer la nuit du jour de l'an au bar Le Temple. C'est ce que nous avons fait pour la première portion de la soirée d'ailleurs, après nous être fait un petit fond (euphémisme) à mon appart' de la rue des Ursulines, situé à quelques coins de rue du premier lieu de culte ci-haut nommé.

Vous excuserez ce récit amorcé de façon quelque peu amphigourique, alambiquée, sinueuse, méandrique et tortueuse (et j'en passe), chers lecteurs, mais je rédige mes premières impressions du lendemain de la veille alors que je suis encore étourdi par le trajet parcouru qui fut tout aussi tortueux que ma syntaxe mentale du moment.

Or donc, je voulais que nous prenions un taxi pour nous rendre au Temple malgré la courte distance évoquée précédemment, cela pour vous dire à quel point le petit fond était plein à rebord. Pierre, pour sa part, tenait mordicus à prendre une marche de santé. En dépit du caractère homérique de la randonnée pédestre, nous nous sommes rendus, sans nous perdre, à destination.

J'étais inutilement stressé avec la perspective d'une grande affluence, car, quand nous sommes entrés au Temple, nos places habituelles, à l'îlot de service, étaient libres.Et pour faire patienter les noctambules ponctuels, avant l'arrivée du gros de la clientèle, les organisateurs de la fête s'étaient arrangés pour que nous soyions aux anges, ce qui va de soi lorsqu'on parle de lieu de culte. Les anges en question étaient peu vêtus et portaient leurs ailes dans le cul. Face à mon étonnement, Pierre m'a alors expliqué qu'il s'agissait d'un défilé brésilien. "Ah oui ?", me suis-je exclamé, sceptique. "Je suis allé cinq fois au Brésil et jamais je n'ai rencontré là-bas d'anges avec des ailes dans le cul". Il est vrai que je ne suis jamais allé à Rio.

Mais revenons à Trois-Rivières. Nous avons carburé, d'abord au rez-de-chaussée du Temple, puis nous sommes montés à l'étage pour le fatidique compte-à-rebours, armés cette fois d'une redoutable bouteille de "Méthode Champenoise", en spécial pour l'occasion à 100 dollars le 750 millilitres. Après avoir défoncé 2008 sous les feux de Bengale, et sous les jupes aussi - parce que deux poupounes dansaient sur notre bar, Pierre et moi avons eu l'idée de sortir du Temple pour aller fumer et pour y rencontrer des personnalités de la presse électronique à qui mon ami avait donné rendez-vous aux alentours de minuit trente.

C'est là que le projet d'aller poursuivre la fête dans une autre institution (en compagnie des personnalités ci-haut non-nommées) s'est forgé dans notre esprit ivre. À ce moment-là, nous avons eu la surprise de rencontrer sur le trottoir une collègue blogueuse de Montréal. Que nous avons entraînée, un peu malgré elle, dans la deuxième portion de ce pèlerinage. Les personnalités des médias ont pris un premier taxi, et tous les trois autres, nous nous les sommes gelées (sauf pour la Montréalaise, bien entendu) à attendre un deuxième taxi.

Vers une heure trente du matin, nous sommes finalement arrivés au Coconut Bar, débit exotique inscrit au patrimoine kitsch mondial par l'Unesco. Tout un choc ! alors que je m'attendais à trouver là, je ne sais pourquoi d'ailleurs (j'avais cru entendre parler d'un party des médias, mais il se peut que l'euphorie ait pu triturer ma perception des événements) une meute de journalistes fébriles à l'idée de nous interviewer, eh bien, nous sommes plutôt entrés dans une marée de jeunots, lesquels avaient loué presque tout le motel. Tout le motel, sauf la chambre XX, occupée par les deux (2) représentantes des médias qui n'étaient certes pas en état de nous interviewer. Le couloir dudit motel ressemblait à un mouroir de Calcuta, jonché de fêtards ivres morts. Quant au bar en tant que tel, il avait perdu son charme exotique, tout chaotique qu'il était, livré à l'hystérie du troupeau. Dans lequel, toutefois, se trouvait un de mes lecteurs (il y en a toujours un - toujours le même ! - sur mon chemin) au style "destroy".

Puis, ce fut la fermeture et l'heure de partir. Du moins, c'était l'heure d'essayer de partir. Parce que nous avons dû attendre une autre heure avant de pouvoir monter dans un autre taxi (dans lequel nous avons embarqué Pierre de force).

Finalement, notre invitée de Montréal n'aura pas passé la soirée dans les yellow cabs de New-York, mais bien dans les slow cabs de Three-Rivers. Pour ma part, je suis arrivé chez moi vers cinq heures du matin et je vous prierais donc d'applaudir ma prouesse d'avoir mis ce texte en ligne aussi tôt en ce premier de l'an. Et comme on le dit si bien au Brésil : Feliz ano novo.

Michel

La Poésie des 2 autres

NDLR : Ces deux textes sont des pastiches des livres de poésie de Frédérick Durand et Pierre Labrie. Cet été, l’occasion m’a été donnée de travailler avec eux sur le projet LOCOLEITMOTIVE et, depuis, j’ai percé toutes les subtilités de leur art. Ce fut un plaisir de pasticher les deux amis.



TU PEUX ME DÉCHIQUETER (extraits)
de Frédérick Durand / Éditions d’art Le Cafard, 2004

Préambule
Là-bas, ou peut-être plus loin, tout s’emmêle, s’entortille. Trop fauves sur son oreiller, Brenda, Sophia, ou Georgette, elles s’habillent pareille, ouvrent ses veines de leur regards acides, literie souillée de sang, encore aller chez le nettoyeur, l’odeur des algues bleues, se boucher le nez, virer le matelas de bord. Elles meurent, c’est dans sa tête n’est-ce pas? démembrées, coupées en fines lanières, ajouter du sel, faire revenir, réserver… Pour le reste, souvenirs d’hypothèses : condom vierge, dentier dans un verre d’eau, stérilet oublié au fond du tiroir. Constat d’échec, recalé en première année, reprendre en arrière, replacer les morceaux, méchant casse-tête, classer d’abord les couleurs, sinon cela prendra du temps pour le finir.

8- Requiem pour un sushi de sirène carbonisée

à la croisée du rond-point giratoire
ma bouche d’air soulève ta jupe
je me suicide dans tes menstruations
or c’est dire à quel point G
amant tampon goût de boudin
je glisse serré dans l’orifice excisé
voudrais-tu bien afficher «ouvert»
à tout considérer carpe infidèle
tu suintes la glue adultère
et ton cul-de-sac


***


L’IMMOBILE DU TEMPS (extraits)
de Pierre Labrie / Éditions Trois-Pistaches, 2006

j’étais distrait pendant qu’on jouait

je pense tout haut ou non
(nous pensons voudrait pas dire moins)
juste par pur maintien
il y a le nécessaire inutile
il y a la fausseté pour de vrai
tout simplement
unité avec ses détails
trop souvent pas assez
peu importe le sens
nous regardons tous le combat
(vous regardez autre chose)
la boxe réseau des spores
ailes piquantes sauce 911
pour ce qui reste
de ce qui n’est pas
peut-être
(sûrement est la norme)
j’oubliais le monde
jeu de dés pipés
mille bornes
monopolisées
jour de paye
risques à trois joueurs
(quatre serait un de plus)
clou sans les pièces
passer go réclamer le petit réseau
les serpents dans les échelles
ils ont échappé des chips
(«elles» les travestirait)
sur la planchette à plat
avancer les pions
tu joues avec le mien
le tien est plus vert
dans le sens horaire
du temps imprécis




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NDLR: Les deux œuvres pastichées dans cette rubrique sont (références réelles) :
- Tu peux me déchirer, poésie, Éditions d’art Le Sabord, coll. Recto Verso, 2004.
- Le mobile du temps, poésie, Éditions Trois-Pistoles, coll. Inédits, 2006.



Michel

Top 10 hors série 1

TOP TEN HORS SÉRIE
Georges Simenon : mes dix meilleurs

J’ai découvert Georges Simenon par accident. Alors que j’étais adolescent, je suis tombé un beau jour sur une vente de livres dans une librairie en inventaire. Un nombre considérable de Simenon (publiés chez Folio, et liquidés parce que la maison d’édition venait de revoir la présentation matérielle de la collection) étaient soldés à un dollar. À ce moment-là, tout ce que je savais de cet auteur, c’est qu’il était le créateur de l’inspecteur Maigret. Je constatais donc que Simenon avait écrit autre chose, qu’il avait écrit, comme il le disait lui-même, des «romans durs».

Ce jour-là, j’ai acheté mes trente premiers Simenon. Que j’ai lus en autant de jours. Une passion dévorante était née. Depuis ce temps, j’ai tout lu Simenon. Sauf les Maigret, qui n’ont jamais obtenu mon adhésion, à cause de leur caractère trop commercial. Tout de même! La production «dure» de l’écrivain compte environ 200 romans (en incluant ses œuvres de jeunesse). Parmi ceux-ci, plusieurs titres auxquels je reviens fréquemment. J’ai relu quelques-uns de ces romans une bonne dizaine de fois.

Inutile de préciser que Simenon figure sur la liste des auteurs qui ont le plus influencé ma propre démarche littéraire. Mon style, je crois, n’a rien à voir avec celui de Simenon. Toutefois, Simenon m’a appris beaucoup de techniques. Entre autres, l’art d’évoquer une atmosphère en quelques phrases seulement.

Parmi mes Simenon préférés se trouvent bon nombre de titres publiés chez Gallimard dans les années 30. C’était l’époque romantique du colonialisme, si je peux m’exprimer ainsi. Je m’explique : l’homme occidental en quête de dépaysement pouvait alors «acheter» l’aventure exotique. Pour autant qu’il avait les ressources financières utiles, il lui était permis de séjourner chez l’indigène sans avoir à s’inquiéter avec des questions d’ordre politique. Ou moral. Simenon, qui a beaucoup voyagé, a rencontré de ces êtres atypiques qui ont fui la civilisation pour aller «régner» dans des contrées soi-disant vierges, des hommes avides de redémarrer leur existence, d’améliorer de façon référentielle leur statut social ou d’assouvir, auprès de jeunes autochtones, des instincts refoulés.

Le destin de ces exilés volontaires est souvent tragique dans les œuvres de Simenon et l’auteur classe d’ailleurs ces personnages sous l’appellation «ratés de l’aventure». Les romans qui mettent en scène ce type de personnage ont donné, selon moi, ses œuvres les plus fortes. Certaines sont du calibre de L’ÉTRANGER de Camus. À la différence que Simenon ne savait certainement pas qu’il écrivait parfois des romans existentialistes. D’ailleurs, quand on écrit, il est préférable de ne pas penser à la nature de ce que l’on crée. Quand, par exemple, Camus conceptualisait sa démarche, il produisait alors des œuvres trop didactiques, comme c’est le cas pour LA PESTE.

Quant à Simenon, il nous invite à entrer dans l’existence brute. En moins de 250 pages, l’auteur réussit toujours à tracer le parcours de l’homme insatisfait (au sens philosophique du terme) ou coupable (au sens de la loi ou en regard de sa propre conscience), un homme dans lequel se distille le secret inavouable ou le fantasme réprimé. Questionné un jour au sujet de son programme narratif, Simenon fit parvenir à un universitaire un schéma résumant sa technique de construction. Quatre mots : crise – passé – drame – dénouement. Séquence d’une redoutable efficacité.

En effet, livre après livre, le lecteur se laisse prendre au jeu. Inconsciemment, celui-ci développe une sorte de plaisir pervers et se délecte de la crise, se repaît de la chute. Et tous les personnages sont égaux face à la chimère. Quelle que soit la classe sociale à laquelle ils appartiennent, l’attrait du mirage est trop fort, ils succombent tous, jusqu’à en perdre la raison. Ou la vie.

Et Simenon n’a jamais besoin d’expliquer le point de rupture : sa force réside précisément en sa capacité à faire sentir l’antinomie rongeante qui habite l’homme, et ce, avec les seuls mouvements de ce dernier. Bouger, c’est choisir. Sortir du cadre familial pour aller honorer une maîtresse. Quitter le pays pour rejoindre l’utopie. Le personnage qui s’échappe de l’enclos de son surmoi choisit de ne plus se résigner à l’image qu’il s’était faite de lui-même. Il prend LE risque. Pour le meilleur, mais généralement pour le pire.

Il n’y a rien de manichéen pourtant dans cette confrontation entre le conformisme et l’idéal. Même si le personnage s’est ruiné (dans tous les sens du mot) dans sa quête, il ne nous est pas présenté comme un être méprisable. Il a même acquis, d’une certaine manière, une noblesse en allant se brûler contre l’astre trompeur. Icare carbonisé est allé au bout de lui-même. C’est ce qui est important, à mon sens. Mieux vaut être un beau feu d’artifice plutôt qu’une interminable mèche mouillée!

Voici donc, sans plus de commentaires, les dix romans de Simenon qui ont le plus attisé, chez moi, le plaisir pervers dont je parlais plus haut :

10- Le coup de lune, 1933
09- Le locataire, 1934
08- Les complices, 1955
07- Les suicidés, 1934
06- Le blanc à lunettes, 1938
05- Le passager clandestin, 1952
04- Touriste de bananes, 1938
03- Les clients d’Avrenos, 1935
02- Quartier nègre, 1936
01- Ceux de la soif, 1938

Bonne lecture!


Michel

Top 10 cinéma 2

Étant donné que c’est moi qui ai lancé l’idée, il faut bien que je me livre à l’exercice. Je remercie Fred d’avoir, le premier, relevé le défi. Mes choix vous apparaîtront sûrement moins exotiques que ceux de mon collègue. Rassurez-vous, toutefois, le film TITANIC ne figure pas sur la liste de mes 10 préférés (ni sur ma liste de mes 10 000 préférés!). Mes critères de sélection? Il s’agit d’œuvres qui sont allées remuer les fibres de mon inconscient. Des œuvres qui m’ont fait pleurer, qui m’ont fait rire, frémir, ou qui ont agi sur mon imagination. J’ai revu certains de ces films des dizaines de fois. Notamment mon premier choix qui, année après année, me remue à chaque nouveau visionnement. J’aurais pu moi aussi (comme le dit Fred) en sélectionner une bonne cinquantaine. Malgré qu’il m’ait été difficile d’en «préférer» dix seulement, j’ai tout de même tenté de hiérarchiser cette dizaine selon l’intensité du coup de cœur.


10- LE DICTATEUR (The Great Dictator) de Charlie Chaplin (1940)
Interdit en Espagne jusqu’en 1975, ce film parlant de Charlie Chaplin demeure encore aujourd’hui une satire percutante du totalitarisme et de ses conséquences. Je me délecterai toujours des trouvailles visuelles et de l’absurde dont regorge ce long métrage restauré depuis peu. J’ai l’impression, à chacun des visionnements, que cette œuvre est récente tellement elle m’apparaît audacieuse et contemporaine.

09- L’EXORCISTE (The Exorcist) de William Friedkin (1973) / musique : Mike Oldfield
J’avais 13 ans quand je suis allé (illégalement) voir, alors qu’il était encore en salle, ce film d’horreur aux effets vraiment efficaces et effrayants. Cette efficacité jamais égalée, à mon point de vue, est tributaire d’un sens très aigu de la gradation dans la montée dramatique. Les frissons éprouvés à mon adolescence me parcourent le dos avec la même intensité quand je me repasse ce classique du genre.

08- LA PARTY (The Party) de Blake Edwards (1969) / musique : Henry Mancini
Il s’agit quasiment d’un film muet dans lequel Peter Sellers est à son meilleur. Cette œuvre peut faire penser aux films de Jacques Tati (que j’adore), car son action repose sur la performance d’un lunatique qui évolue dans un univers (bourgeoisie hollywoodienne) dans lequel il est incongru. Les gags visuels, en enfilade effrénée, me font rire aux éclats …même après une bonne quinzaine de visionnements.

07- DAS BOOT («Le bateau») de Wolfgang Petersen (1981) / musique : Klaus Doldinger
Le sentiment de claustration éprouvé par les sous-mariniers allemands nous est transmis avec force. On a réellement l’impression de se trouver à bord d’une fragile coque soumise aux tumultes de l’océan et menacée par les tirs ennemis. C’est presque du cinéma réalité. En version I-Max, ce serait insoutenable! Et la fin, que dire de la fin? Je n’en dirai rien outre qu’elle est mémorable.

06- BLADE RUNNER de Ridley Scott (1982) d’après le roman de Philip K. Dick / musique : Vangelis
Il s’agit de mon film de science-fiction préféré. Le climat d’étrangeté (décors postmodernes, musique planante de Vangelis) contribue pour beaucoup à cet envoûtement dont je suis la proie à chaque visionnement. Il s’agit, de plus, d’un thriller entraînant agrémenté d’un zeste de philosophie dont le thème est le désir d’immortalité. Chaque plan, d’un esthétisme raffiné, est une œuvre d’art.

05- LE BAL DES VAMPIRES (The Fearless Vampire Killers) de Roman Polanski (1967) / musique : Krzysztof Komeda
Irrésistible pastiche des films de vampires. Interprétation savoureuse et décors somptueux. Même la musique fait rigoler. On sent que le narrateur s’amuse aux dépens du genre. Bref, il s’agit d’un des films qui, encore aujourd’hui, me fait le plus rire.

04- JEANNE D’ARC (The Messenger: The Story of Joan of Arc) de Luc Besson (1998)
Enfin. Le mythe de Jeanne D’Arc abordé sans fioritures apologétiques. Une reconstitution d’époque époustouflante, une mise en scène à grands déploiements et une audacieuse interprétation psychanalytique du personnage, en marge de l’iconolâtrie. Un des films les plus saisissants qu’il m’a été donné de voir ces dernières années.

03- APOCALYPSE NOW de Francis Ford Coppola (1979) / musique : Doors, Rolling Stones, etc.
J’ai toujours adoré les films portant sur la guerre du Vietnam : PLATOON, THE DEER HUNTER, FULL METAL JACQUET, etc. Dans mon esprit, le classique du genre demeurera toujours le film de Francis Ford Coppola. Au-delà de la dénonciation inhérente au sujet, cette œuvre nous propose une exploration de la folie humaine. Bon nombre des plans marquants de ce film resteront à jamais imprimés dans mon inconscient. La brève prestation de Marlon Brando est mémorable. L’atmosphère méphitique, tout autant.

02- ORANGE MÉCANIQUE (A Clockwork Orange) de Stanley Kubrick (1971) / musique : Walter (devenu Wendy…) Carlos
Si j’avais eu à faire la liste de mes cinquante films préférés, presque toutes les oeuvres de Kubrick y seraient inscrites. Kubrick est mon cinéaste favori. Une véritable inspiration. Quant à son ORANGE MÉCANIQUE, je dois tout simplement dire que ce film (vu sur grand écran alors que j’étais adolescent) a été prépondérant dans ma façon d’interpréter le monde. Je ne serais pas le même romancier si je n’avais pas été frappé par cette adaptation du non moins étonnant livre d’Anthony Burgess. Ma fascination pour la violence humaine me vient de cette gifle que m’a assénée Kubrick.

01- FITZCARRALDO de Werner Herzog (1982) / musique : Popol Vuh
Le tournage de ce film fut une prouesse. Hisser un bateau par-delà une colline, et ce, dans la luxuriance de la forêt amazonienne, constitue en soi un hymne au dépassement. Cette mythomanie est admirablement rendue par Klaus Kinski, tout aussi illuminé que le personnage qu’il incarne lors d’une prestation renversante. J’ai vu ce film des dizaines et des dizaines de fois. Je ne sais pourquoi, cette scène du bateau qui franchit la montagne m’arrache des larmes à chaque visionnement, année après année. Il faudrait bien que j’en parle à mon psy, un jour.


Michel

Le sculpteur, le modeleur et le monteur de lignes

Tout récemment, un de mes étudiants (Joël Boudreault pour ne pas le nommer) du programme Sciences Lettres & Arts du Collège Laflèche me faisait la remarque suivante, suite à sa lecture d’un de mes articles sur le blogue : «Je ne réussis pas à mener à termes mes projets de romans. J’ai vu que vous preniez un an pour faire votre plan. Je vais essayer ça».

Certes, le plan est une étape incontournable. Toutefois, je ne préconise pas nécessairement ma façon un peu maniaque de l’étayer et de l’actualiser. Chaque romancier développe une manière bien à lui de s’en servir. Selon son idiosyncrasie. Ou selon le genre qu’il privilégie.

Il existe, à mon sens, des romans de type «atmosphérique», d’autres de type «expérimental» et, enfin, d’autres encore de type plus «structural». Les premiers pourraient être associés à la sculpture; les deuxièmes au modelage; et les derniers au montage.

Le sculpteur

Le romancier-sculpteur a souvent l’esprit du poète. Il part d’une impression brute. Pour lui, l’intrigue est moins importante que les sentiments qu’elle draine ou qu’elle suscite. Sa démarche n’est pas économique, elle est foisonnante. Du moins, au départ. Le romancier-sculpteur écrit des centaines et des centaines de pages pour ne préserver, à la fin, qu’une portion de son premier jet.

Cette masse initiale (souvent inarticulée) constitue son matériau de base. C’est le morceau de bois à sculpter, avec sa forme sauvage, son grain, son essence. Une fois bien assis devant cette forme, il décide mentalement (ou en traçant des croquis) de la représentation qu’il veut obtenir, qu’elle soit figurative ou plus abstraite. Lorsque cette représentation se cristallise (il a alors son plan bien en tête), le sculpteur passe à l’action.

Il taille. Fait émerger l’œuvre de la gangue originelle. Il élimine les aspérités. Il polit l’ensemble. Puis applique un verni, s’il le juge nécessaire. Autant d’étapes, autant de réécritures. Pour obtenir, en fin de processus, la plus simple expression, la plus pure, celle qui évoque l’atmosphère ayant déclenché au départ le désir irrépressible de témoigner de quelque chose.

La démarche du sculpteur est beaucoup moins préméditée que celle du monteur de lignes. Il y a une part d’inconnu jusqu’à ce que le dernier coup de ciseau soit donné. C’est pourquoi elle donne naissance à des romans plus intimistes qualifiés parfois de proses poétiques ou introspectives.

Le modeleur

Le romancier-modeleur part d’un plan préliminaire qu’il étayera au cours du processus créatif. Le modelage réserve bon nombre de surprises. Le créateur s’inspire d’un modèle dont il changera l’attitude ou la physiologie selon la logique narrative qui s’imposera au moment même de l’écriture du premier jet.

Contrairement au romancier-sculpteur qui retranche des pages pour préciser son univers, le romancier-modeleur, lui, en ajoute, par souci de précision, liberté rendu possible grâce à un plan initial plus approximatif. Il part d’une matière brute à laquelle il ajoute des mottes (nouvelles perspectives, personnages gagnant en importance, nouveaux éléments déclencheurs) qu’il fusionnera à l’ensemble à l’occasion de réécritures.

Cette démarche donne naissance à des romans plus expérimentaux, riches en mises en abyme, comme les autofictions.

Le monteur de lignes

Le monteur de lignes n’aime pas l’improvisation ou l’approximation. Avant de construire son pylône, il dispose d’un plan très détaillé, sur lequel il a travaillé des mois durant. La qualité première du monteur de lignes est la préméditation. Au moment d’écrire le premier mot de son premier jet, il a une idée précise de sa structure (nombre de chapitres, nombre de sections) et du nombre de pages de sa version finale.

Toutefois, le contexte lui réserve souvent des surprises, ce qu’il ne déteste pas, bien au contraire. Le romancier-monteur s’adaptera aux caprices de la logique narrative (un personnage, par exemple, qui décide de faire un détour…) qu’il considérera comme de grisants défis à relever. Donc, si le terrain devient plus accidenté, le monteur ajustera les treillis en fonction des déclivités imprévues. Il régira, de plus, un voltage plus élevé en adaptant ses transformateurs.

Malgré son souci d’adaptation, le monteur acheminera le courant du point A au point B, tel que convenu au départ. Pour lui, le fil conducteur demeure très important.

Cette démarche donne naissance à des romans à intrigue, comme les polars ou les récits historiques, par lesquels il décrira moins le «je» que l’inconscient collectif.

Sculpteur, modeleur ou monteur de lignes?

En tant que «romancier noir», je serais, selon mes analogies, un monteur de lignes. Et c’est dans ma nature, d’ailleurs, d’être très structuré. Bref, je crois bien que, dans mon for intérieur, je suis avant tout un auteur de polars…

Et vous, créateurs, qui êtes-vous?

Michel

Les 3 écrivains au GP3R


Chez Thérèse Thibodeau Châteauneuf

Il y avait belle lurette que Pierre et moi n’avions pas été invités à un Grand Prix. En ce qui me concerne, la dernière fois remontait à l’automne 2006, alors que j’étais finaliste pour le Prix Clément-Morin. Cette fois-ci, ce n’est pas grâce à nos talents respectifs que nous nous sommes retrouvés près de la scène (ou sur la scène), mais bien parce que ma maman, Thérèse, nous a proposé des billets de faveur nous donnant accès à une estrade située tout juste en face de la ligne des départs du Grand Prix de Trois-Rivières 2007.

Thérèse, comme je l’ai déjà dit dans un précédent article, habite dans une résidence pour personnes du troisième âge. Et le bâtiment en question, Les Terrasses Dominicaines, se trouve coincé en plein centre du circuit de course (un des rares circuits urbains en Amérique du Nord) pendant les trois jours des compétitions. C’est pourquoi les organisateurs de l’événement offrent des billets de faveur à la cinquantaine de résidents, victimes ce week-end-là de la claustration (ils sont véritablement entourés de murs de fortune, comme dans les Territoires occupés, et il ne leur est plus possible de sortir ou d’entrer librement) et du bruit assourdissant des moteurs.

Bref, Pierre et moi avions accepté l’offre de ma maman d’assister dimanche dernier à quelques courses prévues cette journée-là. Pour ce faire, nous devions nous rendre très tôt le matin à l’entrée des fournisseurs, pour pénétrer dans les Territoires occupés avant la fermeture définitive des barrières. Or, pas de sortie abusive au bar LE TEMPLE la veille, car nous avions rendez-vous chez Thérèse, dès 7 heures, pour le petit-déjeuner.

Nous avons passé sans encombres et sans fouilles rectales le poste de contrôle, de sorte que nous étions attablés à l’appartement quand le signal de la première course fut donné. Repas gargantuesque, bien sûr, à l’instar de tous les festins de mères, soucieuses, on le sait, de toujours recevoir princièrement, comme au Château Montebello.

Le repas s’est déroulé normalement jusqu’au septième couvert. C’est à ce moment-là que ma maman a figé devant sa cuisinière en s’écriant :
- Bonté divine! Je n’ai plus de patates brunes pour accompagner votre rôtie de lard!
- C’est pas grave, môman, suis-je aussitôt intervenu pour éviter ce que j’appréhendais, on est déjà plein comme des ciboires avant la communion!

Rien à faire : tel l’ouragan Dean, Thérèse a saisi les clefs de sa Suzuki et a quitté précipitamment l’appart pour se rendre à l’épicerie. Alors que les véhicules de la course Mazda SCCA MX-5 Cup effectuaient leurs tours de réchauffement sur la piste! Et pas moyen de rattraper Thérèse dans le couloir pour la dissuader : nous étions lents comme des obèses morbides en phase terminale.

Dépassés et inquiets, il ne nous restait plus qu’à nous rendre au plus vite à notre estrade, à titre de spectateurs impuissants, et d’assister aux manœuvres de notre hôte. Pour sauver du temps, nous n’avons pas utilisé la passerelle piétonnière, préférant traverser sur la piste. Alors que le peloton de tête entamait le premier tour! Heureusement pour nous, deux gentilles brigadières scolaires ont ralenti le trafic afin que nous puissions nous rendre à bon port.

Cela a permis à ma mère, qui cherchait désespérément une sortie, de se loger parmi les dix premières Mazda.

Une fois assis dans l’estrade, nous avons assisté à tout un spectacle. Ma maman, au volant de sa Suzuki, a effectué une série de dépassements plus que téméraires, n’hésitant pas d’ailleurs à percuter ses frêles compétiteurs.

Mon voisin m’a demandé qui était la fantastique conductrice de la familiale. «C’est Thérèse» ai-je répondu, non sans fierté. Et la rumeur a circulé avec plus de célérité que la course elle-même. Après quelques tours, des dizaines de milliers de spectateurs étaient debout dans les estrades et scandaient en chœur «Thérèse! Thérèse!» Il est vrai qu’elle venait de prendre la première position, laquelle elle a conservée jusqu’à ce qu’elle remporte la course avec une minute 7 secondes d’avance sur la deuxième voiture.

Étant donné que Thérèse n’avait pas conduit un véhicule réglementaire, les officiels n’ont pas voulu lui offrir le trophée. Les autres lauréats de l’épreuve, par solidarité sportive, ont décidé de boycotter le podium.

Il est vrai qu’il leur aurait été difficile de s’y rendre tellement il pleuvait des bières dans cette direction, les spectateurs n’acceptant pas la décision dogmatique des organisateurs. Pour éviter l’émeute, ces derniers ont annoncé que ma mère pourrait participer à la course l’année prochaine. Ce qui nous a donné l’idée, à Pierre et moi, de commanditer son bolide.


Nous sommes retournés à la résidence y attendre notre hôte. Quelques minutes plus tard, Thérèse rentrait au bercail avec son sac de patates brunes. En s’excusant :
- À cause des courses, il y a un trafic épouvantable en ville. J’ai même été coupé par un jeune impoli qui m’a heurtée avec sa petite décapotable! Mais je ne l’ai pas laissé passer, l’effronté. Ça lui apprendra à ne pas respecter les aînés…

Louis-Philippe Dumoulin, mon émule

Retour sur le site. Avant de réintégrer notre estrade, nous profitons d’une pause pour explorer les lieux. Pierre prend des photos (voir son reportage exclusif), aussi survolté qu’un Japonais qui vient d’acquérir un nouvel appareil. Je décide, chemin faisant, d’aller saluer Marie-Hélène, une habituée du bar LE TEMPLE, qui a été choisie «Racing Poupoune» du Grand Prix. À son stand, la belle créature fait de la promotion pour une nouvelle gamme d’habits de plongée sous-marine. En reconnaissant son romancier préféré (oui, oui, c’est vrai : Marie-Hélène a dévoré LA BALADE DES TORDUS), elle m’enlace avec ferveur, si bien que j’ai l’impression, pendant quelques secondes, d’être au Salon du livre de Trois-Rivières. Et je constate malgré moi que son habit de plongée présente, à la hauteur du buste, une certaine carence au chapitre de l’étanchéité.

Puis, nous nous rendons à nos sièges réservés pour la course suivante. Nous remarquons, en passant, une rutilante voiture. C’est le véhicule d’Augusto Ferrari, organisateur bien connu de la FerrariAugusto, fête italienne trifluvienne (voir ma Chronique du Profanateur à ce sujet) qui attire annuellement des centaines de milliers d’amateurs de nouilles de la cité de Laviolette.

Assis juste à temps pour le départ de la Koni Challenge (Grand Am cup). Ma course préférée. D’abord parce que c’est la plus exigeante pour les coureurs. Mais surtout parce qu’un de mes anciens étudiants du Collège Laflèche, où j’enseigne la littérature, y prend part. Il s’agit de Louis-Philippe Dumoulin.

En effet, comme je l’expliquais à son père Richard (lequel, soit dit en passant, a réparé hebdomadairement ma Pontiac Fiero dans les années ’80) lors du Grand Prix de Trois-Rivières 2003, Louis-Philippe a atteint des sommets dans son art grâce à mes enseignements, en littérature existentialiste notamment.

La détermination légendaire du jeune pilote est inspirée –celui-ci me l’a confié à quelques reprises au bar LE TEMPLE, après quelques verres, vous l’aurez compris- par l’engagement de son modèle : Jean-Paul Sartre. Côté sentimental, il est intéressant de constater que L-P (pour les intimes) cherche, dans ses conquêtes féminines, l’image d’une Simone de Beauvoir.

Quant à sa conduite exceptionnelle, elle lui vient de sa rigueur acquise pendant mes cours sur la rhétorique de la dissertation explicative. Je reconnais dans sa trajectoire fluide de pilote le même fil conducteur qui orientait, dans ses textes d’étudiant, ses arguments vifs et puissants.

Bon, puisque j’ai dérapé du côté de la littérature, cela me fait penser que je dois préparer mes notes de cours pour le Collège. Eh oui, j’ai recommencé à travailler lundi, après mes deux trop brefs mois de vacances…





Michel

Les Contes Passent-Partoutes 1



La petite fille qui aimait trop le Bonhomme Allumette

Ce n'étaient pas les poignées d'amour du Bonhomme Michelin qui la gonflaient de désir. Ou la carotte raidie de l'Abominable Bonhomme de neige qui la faisait fondre d'envie.

Non: Il était plutôt une fois une petite fille qui n'avait d'yeux que pour le Bonhomme Allumette. La nymphe aux maniaques se consumait d'amour pour le pyromane. Elle l'avait rencontré au Festival des Abuseurs publics de Cap-de-la-Madeleine alors que celui-ci avait été engagé comme cracheur de feu. Son baiser brûlant l'avait tout de suite allumée. Depuis, la petite s'immolait sur le bûcher de la passion. Telle une Jeanne D'Arc imbibée du philtre à gaz, elle avait vraiment le feu au cul. Mais lui, préférant se propager à tout vent, ne désirait pas en faire sa flamme.

Un autre personnage, voulant profiter du fait que le feu fut pris dans le foyer conjugal, entra par la porte de derrière. L'intrus, que l'on appellera Le Tueur à la Hache pour sauvegarder son anonymat, était, en effet, muni d'une hache. Il ne s'agissait pas d'un psychopathe, détrempez-vous (ah! ah! ah! ah!), mais bien d'un pompier venu secourir la Belle au Bois d'allumage. Son gros boyau ne l'impressionna pas outre mesure. «Je suis venu pour la braise», déclara l'importun en quête de climax, et déchargé de bonnes intentions. Bouillante de colère, Cendrillée (oui, c'était son baptême de nom) chassa le héros avec les étincelles de son regard, les lentilles cornéennes en fusion. En s'enfuyant vers un sinistre plus hospitalier (le feu était pris à l'hôpital! ah! ah! ah! ah! ah!), le pompier attisa sa jalousie en lui envoyant cette fumante révélation (qui, d'ailleurs déclencha enfin le détecteur de fumée):
- Hé! vous, la cocue coquette que ma quéquette inquiète, sachez que votre pyromane est au bordel avec une grosse torche!

Sans tarder, Cendrillée, telle une comète, courut au bordel et surprit le chaud-lapin au lit en compagnie d'un pétard à mèches. Sous l'emprise d'une pulsion infernale, la petite fille enfonça un tisonnier dans le cœur du pyromane. Paradoxalement, c'est ainsi qu'il s'éteignit en devenant feu Bonhomme Allumette.


Fin de non-recevoir.

C'était une combustible histoire signée
Peace'n Lovecraft
(alias Michel Châteauneuf)

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Michel